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Le Niger exclu des pays prioritaires du Canada

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La nouvelle liste des pays prioritaires pour le gouvernement canadien en matière d’aide au développement a été publiée la semaine dernière. Sur cette liste qui compte désormais 20 pays, le Niger ne figure plus. La liste précédente élaborée il y a quatre ans par le gouvernement libéral de Paul Martin, comprenait 25 pays dont le nôtre, rappelle-t-on. Selon la ministre de la Coopération internationale, BEV Oda, annonçant la nouvelle, l’Agence canadienne de dévelop-pement international (ACDI) acheminera dorénavant sont aides vers 20 pays prioritaires.

Ces 20 pays ou régions classés prioritaires sont l’Afghanistan, le Bangladesh, la Bolivie, les Caraï-bes, la Colombie, la Cisjordanie et la bande de Gaza, l’Éthiopie, le Ghana, Haïti, le Honduras, l’In-donésie, le Mali, le Mozambique, le Pakistan, le Pérou, le Séné-gal, le Soudan, la Tanzanie, l’Ukraine et le Vietnam. Parmi les nouveaux pays financés en prio-rité par Ottawa figurent la Colombie, le Pérou et les pays des Ca-raïbes, tous dans les Amériques. S’y ajoutent la Bolivie et du Honduras, qui étaient déjà présents sur la liste précédente. Les pays laissés sur le quai sont tous de l’Afrique noire. Il s’agit du Malawi, du Burkina Faso, du Kenya, de la Zambie, du Rwanda, du Niger, du Cameroun et du Bénin. Cette révision apportée par le gouvernement Harper dans la réorientation de son aide bilaté-rale vise, indique-t-on, à concentrer l’aide au développement dans quelques pays pour obtenir un impact maximal sur le terrain. Mais la modification concerne uniquement l’aide bilaté-rale, elle ne touche pas aux autres programmes qui financent, par exemple, les organismes internationaux comme la Banque mondiale.

L’aide directe d’Ottawa à un autre pays ou à une région re-présente environ 1,5 milliard de dollars cette année 2008-2009. 80 % de cette enveloppe budgé-taire gérée par l’ACDI iront directement aux 20 pays ciblés prioritaires. Les 20 % restants seront dispatchés entre une quarantaine de pays. Cette modification de la carte d’intervention prioritaire en matière d’aide bilatérale du gouvernement canadien, qui fait la part maigre à l’Afrique noire, n’est pas un fait de hasard, indique-t-on. Elle est le reflet de la politique étrangère du nouveau gouvernement Harper, qui se revendique avant tout conservateur. D’où la nouvelle concentration de l’aide bilatérale en direction des Amériques et non l’Afrique qui a toujours été une obsession pour le gouvernement libéral de Paul Martin.

Au ministère canadien de la Coopération internationale, on avance que trois critères ont guidé le nouveau choix des pays qui recevront l’aide du Canada : les besoins, la capacité de mener à bien des projets efficaces et la cohérence avec la politique étrangère du Canada. Ce dernier critère est le seul qui soit nouveau. Sous le gouvernement li-béral de Paul Martin, le troisième critère était la «présence canadienne» sur le terrain. Pour Gerry Barr, président du Conseil canadien pour la coopération internationale (CCCI), qui regroupe 100 organismes oeuvrant dans le domaine de l’aide et du déve-loppement, ce critère de la politique étrangère a pesé lourd dans la balance. «Tous les pays pauvres ont besoin d’aide, alors ce critère n’a pas joué. Ensuite, la capacité de mener à bien les programmes était déjà un critère sous l’ancien gouvernement. Il reste quoi pour expliquer les changements ? Le critère de la politique étrangère», soutient-il. Depuis leur arrivée au pouvoir, les dirigeants conservateurs ont effectué plusieurs voyages en Amérique latine où les missions commerciales canadiennes connaissent une hausse constante depuis 2006. «Nous sommes un pays des Amériques. Le réenga-gement dans notre hémisphère est une priorité internationale essentielle de notre gouvernement. Le Canada est résolu à jouer à long terme un plus grand rôle dans les Amériques», a af-firmé Stephen Harper, en juillet 2007, lors d’un voyage au Chili.

Mais pour Gilles Duceppe, chef du Bloc québécois, le choix des pays a surtout été dicté par les intérêts économiques du Canada. Et il brandit comme argument l’apparition du Pérou et de la Colombie, avec lesquels Ottawa vient de signer des accords de libre-échange. Au bureau de la ministre Oda, on soutient que les accords de libre-échange n’ont pas joué dans les choix qui ont été faits. Il est toutefois difficile de voir comment le Bénin et le Burkina Faso, dont les échanges commerciaux avec le Canada sont respectivement de 14 millions et de 12,5 millions de dollars par année, peuvent attirer autant l’attention d’Ottawa que la Colombie (1,3 milliard) et le Pérou (2,7 milliards de dollars), qui font beaucoup plus d’affaires avec le Canada. Pour les organismes de développement cet abandon de l’Afrique au profit de l’Améri-que latine est inquiétant. «Le lea-dership canadien en Afrique va être sérieusement remis en question», présage Gerry Barr, même si par ailleurs gouvernement Harper a promis de respecter la promesse faite par le gouvernement Martin en 2005 consistant à doubler l’aide à l’Afrique d’ici 2010, pour la porter à 2,8 milliards par an. «On ne va pas arrêter d’un coup les projets déjà en marche dans les pays africains», a rassuré le directeur des communications de Bev Oda, Jean-Luc Benoît. Mais pour Barr, la vraie préoccupation est ailleurs et consiste à savoir si l’Afrique sera à nouveau une priorité pour le Canada à partir de l’année prochaine. C’est la principale source d’inquiétude.

D’après un calcul du CCCI, sous l’ancienne liste prioritaire des libéraux, environ 70 % des fonds allaient à l’Afrique. Cette proportion devrait tomber à 35 % après 2010. L’Association qué-bécoise des organismes de coo-pération internationale (AQOCI) regroupant 64 organismes de dé-veloppement a également ma-nifesté sa «profonde inquiétude devant le fait que l’Afrique ne semble plus être une priorité pour le gouvernement canadien». Le continent africain, épicentre de la pauvreté mondiale, est «plus exposé à l’aggravation de la pauvreté comme conséquence de l’actuelle crise économique», soutient Maria-Luisa Monreal, directrice générale de l’AQOCI.

O. Issa
(Source : HealthBridge press releases, Otawa)

mercredi 18 mars 2009

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